1987 - Voltaire, Romans et contes

Romans et contes Pris dans la bibliothèque familiale.

Voilà un titre de billet impressionnant – consacré à rien moins qu’à tous les romans et contes de Voltaire.

Car c’est sous cette forme collationnée qu’ils se sont présentés à moi, le volume faisant partie des livres du Club des libraires de France achetés par ma mère. La date à laquelle je le lus m'étonne. Je pensais que l'étude de Candide en classe de première, soit au printemps 1990, m'avait incitée à prendre ce livre dans la bibliothèque, mais le témoignage de l'écrit étant plus fiable, je dois me rendre à l'évidence que je lus pour la première fois Voltaire trois ans plus tôt. Je ne sais ce qui me poussa à le faire, si ce fut en raison de sa présence sur la liste des recommandations du professeur de français ou si ce fut par désir d'emprunter un volume de la belle collection du Club des Libraires que je regardais avec convoitise quand j'entrais dans le bureau où étaient rassemblés les livres de la maison.

Je me souviens davantage du livre comme objet que des œuvres contenues. C’était le premier que je prenais dans la collection, livres à la couverture en cuir grainé et au papier fin comme je n’en avais jamais touché. Le plaisir de sa lecture était sensuel, je le lus en entier pour que ce plaisir dure : effleurer le papier translucide, un peu jauni, à la légère sensation d’humidité, l’entendre crisser à chaque tournement. Y a-t-il beaucoup d’objets qui satisfassent ainsi trois sens ? Et voir tant de finesse finalement volumineuse – il y avait bien cinq cents pages – entre deux tranches épaisses de cuir me ravissait. J’aimai aussi le lire pour la résonnance du nom de l’écrivain, à l’oreille et dans l’histoire de France. Ouvrir un livre de Voltaire, ce fut comme pénétrer dans le château de Versailles pour la première fois. J’avais eu le sentiment, en entrant dans le monument, de participer à la culture qui était mienne et de prendre place dans une chaîne commencée longtemps avant moi et qui perdurerait. Cette culture promise, par les parents, la langue, le pays, je devais m’élever jusqu’à elle. Tel était l’enjeu de ce livre.

Hélas, « je l’ai lu trop jeune » notai-je sur mon cahier comme je l’avais fait pour Les caves du Vatican de Gide. Si les multiples aventures contées par Voltaire étaient plus plaisantes à lire que le voyage de Lafcadio et m’entraînaient volontiers, je ne comprenais pas où il m’emmenait et ça m’agaçait. Je devinais que sous les péripéties il y avait une pensée, mais elle m’échappait : j’échouais à la lire. L’échec était-il dû à l’âge ? Voltaire ne me paraît pas un écrivain compliqué à comprendre pour un adolescent. Invoquer l’âge en guise d’explication ressemblait à un alibi. Bien que je me rendisse compte (ouh ça crisse, mais un subjonctif présent rendrait cette phrase bancale) que ma lecture était superficielle, je ne songeai pas à la modifier pour creuser un peu dans la matière des mots. Temporiser, imaginer, remarquer, réfléchir eussent marqué quatre temps d’une lecture active, d’une lecture nourrissante, ce que ne peut donner un glissement sur les mots qui enregistre seulement leur présence en saisissant si peu de ce qu’ils cachent et révèlent à la fois.

Commentaires

1. Le lundi 3 mars 2014, 19:18 par Landais

Je me souviens très bien de mon premier Pléiade, un peu particulier il est vrai : l'Ancien Testament, dans la belle traduction de Dhorme; ce qui ne gâtait rien au plaisir déjà vif de manier le vieux volume acheté d'occasion avec mon petit budget d'étudiant à l'époque, et déjà annoté par un précédent lecteur...

2. Le mardi 4 mars 2014, 10:42 par Véronique Hallereau

Ah mon premier Pléiade feuilleté (on dirait le nom d'une pâtisserie!), ce dût être l'Illiade : j'en avais étudié un passage en classe de 6ème, et du coup j'avais ouvert le livre. Lu une page ? L'ai refermé...

3. Le mercredi 5 mars 2014, 09:15 par Ernesto PALSACAPA

Un objet qui satisfasse trois sens... je ne sais pourquoi, mais il me semble que Maître Ha aurait des commentaires plus ou moins graveleux à faire à ce sujet... mais concernant les livres, ils peuvent satisfaire encore un quatrième sens : l'odorat. J'ai toujours été fasciné par l'odeur des livres.

4. Le mercredi 5 mars 2014, 16:38 par Véronique Hallereau

Sur quel sujet Maître Ha ne pourrait être graveleux ?   Il est vrai que j'ai oublié l'odeur des livres... il me semble pourtant que quand ils sentent, c'est qu'ils sortent d'un grenier, et j'aime moyennement cette odeur!

 

5. Le mercredi 5 mars 2014, 22:33 par Ernesto Palsacapa

Il y a certes cette odeur de vieux grenier humide que les livres gardent quand ils y ont séjourné, mais ma lubie à ce sujet allait plus loin que ça : je trouve que les livres de chaque maison d'éditions ont des odeurs différentes et très spécifiques, et du coup, je sens toujours les livres que je lis... c'est une lubie comme ça...

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