1990 - Voltaire, Candide

CandidePris dans la bibliothèque de ma sœur ?

C'est en cours de français de première que je lus Candide ou l'optimisme, une des œuvres de Voltaire au programme. Parmi les écrivains étudiés cette année-là, notre professeur préférait Pascal et Baudelaire, et d'un XVIIIème siècle qu'il goûtait peu, il ne sauvait que Marivaux et Choderlos de Laclos.

Il fit néanmoins son travail avec conscience et j'appréciai de faire sous son autorité une lecture de Voltaire plus active et plus riche que celle que j'avais faite toute seule trois ans plus tôt. Sans doute pas un hasard qu'elle seule me soit restée en mémoire. Ce fut une de ces lectures qu'on qualifie d'intéressantes : on y découvrait un peu un auteur, une pensée ; les aventures de Candide, Cunégonde et Pangloss ne suscitaient pas d'enthousiasme.

Je me rappelle avoir été agacée par la formule avec laquelle il caricaturait la philosophie optimiste de Leibniz, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Non que j'aurais connu la philosophie de Leibniz et aurais été irritée de la voir ainsi maltraitée : j'entendais son nom pour la première fois ; et je suis à peu près certaine que c'était là une opinion du professeur que je reprenais à mon compte. Cependant, même à celui qui n'avait pas lu une ligne de Leibniz, la charge caustique de Voltaire et son caractère injuste étaient détectables. Il lui opposait les milliers de victimes du tremblement de terre qui avait ravagé Lisbonne (et resté vaguement dans nos mémoires grâce à lui), événement qu'on ne pouvait décemment comprendre dans un monde harmonieux et indépassable, créé par un Dieu bon : penser ainsi reviendrait à justifier son laisser-faire, Dieu n'était pas intervenu pour éviter la catastrophe naturelle, et son indifférence aux souffrances humaines apparemment nécessaires à l'harmonie de la Création. Voltaire fait de son Pangloss, parangon de l'optimiste, un indifférent, qui devant les malheurs rencontrés ne cesse de répéter bêtement que tout est pour le mieux. Je me demande si ce n'est pas à Voltaire que l'on doit en France, ce pays où selon Baudelaire "tout le monde ressemble à Voltaire", la mauvaise réputation de l'optimisme, synonyme au mieux de naïveté et au pire d'idiotie béate et un rien monstrueuse. En tout cas, la question de la providence ou encore de la théodicée, pour reprendre le terme de Leibniz, soit la question de la justification du mal dans un monde créé par un Dieu bon et omnipotent, était posée, si nettement que dans mon souvenir c'est chez Voltaire que je la trouvai posée pour la première fois. J'aurai l'occasion d'y revenir car je lus un certain nombre de livres sur ce sujet, et l'œuvre de Soljénitsyne me montrerait concrètement ce qu'est une vie placée sous le signe de l'optimisme et de la providence. Je n'aime pas les esprits qui font une fixation sur le mal. 

Malgré tout, je ne suis pas insensible aux traits d'esprit de Voltaire et je garde en moi son conseil d'écrivain : "Le secret d'ennuyer, c'est de tout dire." J'aimerais d'ailleurs le lire pour examiner son style et sa correspondance me tente. Et je repense à la célèbre morale qui clôt Candide, selon laquelle il ne reste qu'à "cultiver son jardin". Elle est sans doute la formule la plus achevée du sage individualisme qui n'attend pas de la politique qu'elle le sauve et se garde des idéologies comme des religions  des enthousiasmes collectifs. Elle individualise l'injonction biblique et parie que par le travail, la maîtrise de son environnement immédiat, l'homme trouvera une source de progrès matériel et par conséquent, moral. Morale optimiste donc, qui rejoint celle des Lumières : le progrès par le commerce et par l'éducation. Ce Voltaire, quel candide.

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