2000 - Pascal, Pensées (1)

PascalAcheté, lu aussitôt. 

L'année 2000 est la première et unique fois que les Pensées de Pascal apparaissent dans le cahier alors que j'en fis plusieurs lectures. Ma fréquentation de l'œuvre ne peut donc être résumée à une date. Celle-ci n'est cependant pas arbitraire ; c'est en l'an 2000 que je lus pour la première fois entièrement (si je peux utiliser un tel adverbe pour une œuvre inachevée) les Pensées. 

Le souvenir qui me reste de cette lecture est surtout lié à la partie la moins connue, qui commente les Ecritures (« Figures ») : Pascal lit l’Ancien Testament à la lumière des Evangiles qui, seuls, donnent le sens de ce qui, sinon, resterait voilé, et interprète l’histoire des hommes à partir de la Bible et de l’intervention divine. C’est une façon de lire l’histoire à laquelle nous sommes devenus étrangers, à moins de croire à la philosophie marxiste de l’histoire qui en est une version sécularisée, mais que je devais retrouver chez Soljénitsyne, sur qui je commençais à écrire un livre ces mêmes années (environ 2000-2003).

Mis à part ces chapitres, si je veux mettre de l'ordre dans mes différentes lectures de Pascal et les souvenirs qu'il m'en reste, je constate qu'elles se rapportent à plusieurs époques, et que c'est sans doute l'œuvre dont la lecture fut le plus accompagnée, que ce soit sur le moment, ou entre deux lectures. La première lecture fut guidée, faite avec le professeur de français de classe première, fin 1989-début 1990. Nous étudiâmes un groupement de textes issus des Pensées, abordant les grands thèmes pascaliens : les deux infinis, la misère et grandeur de l'homme, le divertissement, le pari ; sa volonté apologétique ; le dialogue critique avec Montaigne ; le contexte de la polémique contre les Jésuites. Le professeur parvint à passionner sa classe d'adolescentes sur les questions de la grâce suffisante et de la grâce efficace ! Son cœur allait aux Jansénistes, et le nôtre abondait : ils avaient pour eux l'histoire quasi légendaire de Port-Royal et de grands écrivains ; les Jésuites, eux, étaient tous un peu hypocrites, inféodés au pape et comploteurs, non ? Je me souviens avoir adoré ce travail avec le professeur et pourtant, je n'eus pas l'idée de ne pas me contenter de ce groupement de textes et d'aller lire les Pensées seule.

J'eus un deuxième guide en 1995, avec qui je ne lus pas les Pensées mais qui devait orienter mes futures lectures : en licence d’histoire à la Sorbonne, le professeur d’histoire religieuse du XVIIMichel Arveiller. Constatant la confusion qui régnait dans nos esprits entre les termes « foi », « religion », « sacré », « mystique », il nous les expliqua et en vint à commenter la phrase de Pascal : "Dieu sensible au cœur, non à la raison". Le cœur selon Pascal n’était pas le lieu des sentiments, mais le centre même de la personne, le lieu de son engagement ou encore, pour reprendre une métaphore de Soljénitsyne utilisée dans Août 14, que j’avais notée et à quoi je raccrochais le cœur pascalien, le nœud de son existence. Ces images-là sont devenues cardinales dans ma manière d’envisager la conduite de la vie. Les choses essentielles, celles qui guident nos pas, ne naissent pas de la raison.

Je voudrais noter enfin la lecture d’une autre personne qui résonna si fort en moi que je me l’appropriai. On peut lire à notre place ! Grâce à l’émission de France Culture Les nouveaux chemins de la connaissance, qui était consacrée au thème « Philosopher avec Eric Rohmer », j’entendis expliquer la lecture que le cinéaste faisait du pari de Pascal, dans le film Conte d’hiver. Il ne s’agissait pas de parier sur l’existence de Dieu pour gagner la vie éternelle, dans une sorte d’assurance tous risques. L’important était dans l’acte même de parier, en ce sens qu’il ouvrait à la possibilité d’un ailleurs et qu’il signifiait qu’on était disponible, maintenant, pour l’absolu. Manière de contrer la rationalisation qui tend à rabattre nos vies sur une réalité schématisée.

En raison de leur caractère fragmentaire, c'est un livre que j'ouvre souvent et l'un de ceux, peu nombreux, que j'emportai quand je partis en Russie. Sans le noter dans le cahier des lectures, je me rappelle le feuilleter régulièrement courant 2005.

A suivre...

Commentaires

1. Le mardi 6 mai 2014, 20:48 par Ph. B.

Quel courage de lire même la partie religieuse des pensées... Pascal, grand écrivain oui, mais cette manière de lire la Bible... comment dire... m'est totalement étrangère, voire me rebute. Cette partie là date terriblement! Ce n'est pas à elle que Pascal doit sa réputation...

2. Le mercredi 7 mai 2014, 10:30 par Véronique Hallereau

J'avais bien aimé cette partie tout de même parce qu'elle montre comment marchent ensemble la raison et la foi, que celle-ci soit religieuse ou non. On a tendance à trop les opposer. Je crois savoir que chez Pascal, qu'elles marchent de concert n'était pas si facile, mais là, ça fonctionne.

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