1987 - Graham Greene, Le fond du problème

Le fond du problèmeEmprunté à la bibliothèque.

J’ai commencé la rédaction des billets du Maillage des lectures sans avoir près de moi le cahier attestant bleu sur blanc l’année et l’ordre dans lequel elles étaient faites. Si j’avais quelques repères marquants permettant de dater avec certitude certaines d’entre elles, d’autres flottaient dans le passé sans que je puisse les arrimer à une année particulière.

Et bien sûr, j’étais éloignée de me rappeler chaque roman lu. Je ne me souvenais ainsi que vaguement qu’en 1987 je lisais du Julien Green. Ayant récupéré le cahier et examiné la liste, je me suis aperçue que non seulement je ne gardais aucun souvenir des romans de Green lus cette année-là, mais que j’avais oublié jusqu’au titre d’un dernier roman lu un an plus tard, Minuit. Je me suis également aperçue qu’à la même époque, je lisais François Mauriac et Graham Greene. Tant de persévérance dans ces lectures de romanciers catholiques contemporains m’étonne. A l’époque, je ne réunissais pas ainsi ces écrivains dans le même ensemble ‘romanciers catholiques du XXème siècle’ mais une lecture est aussi faite dans le contexte d’autres lectures, et je ne peux m’empêcher de rapprocher ces écrivains lus vers l’âge de 14-15 ans et que je n’ai quasiment plus fréquentés par la suite. J’y vois surtout une influence familiale, mais plus que celle de mes parents, c’est plutôt dans la bibliothèque d’une de mes tantes paternelles que j’ai pu feuilleter ces vieux livres de poche de Mauriac et de Greene : Thérèse Desqueyroux, La fin d’une liaison… Dans notre famille catholique, ma tante était réputée particulièrement catholique, et sa bibliothèque comptait en bon nombre les ouvrages de religion, de témoignage et d’histoire sainte, et pas mal de littérature de début du siècle marqué par un renouveau des thèmes religieux.

A vrai dire, ces thèmes religieux ne me semblent pas si présents dans les romans de Mauriac que je lus ces années-là, Le désert de l’amour, Genitrix et Thérèse Desqueyroux. Les deux derniers m’ont laissé une sensation d’étouffement et de jours enchaînés sans fin, pesant sur l’âme de tout l’ennui qu’ils renferment. De Genitrix, histoire d’un vieux garçon attaché à sa mère, je garde aussi un souvenir de tristesse : la docilité avec laquelle le fils accepte la domination de sa mère qui étouffe en lui tout amour, tout désir, est affligeante. Ces romans m’évoquent les dimanches après-midi pluvieux et sombres (Gloomy Sunday chantait Billie Holiday) où l’on reste allongé sur son lit pendant des heures, des heures qui se ressemblent trop pour ne pas être finalement la même heure, immobile, grosse des autres qu’elle engloutit au goutte à goutte, et qui sous son volume écrase peu à peu, infusant le regret d’une impossible liberté. Ah ce n’est pas gai, Mauriac.

J’eus plus de plaisir à lire les romans de Graham Greene : La fin d’une liaison et surtout Le fond du problème qui m’emmenait dans un pays lointain (après renseignement : la Sierra Léone) et où le catholicisme n'est pas tant une religion qui encadre à l’étroit un milieu social qu'une foi où le héros puise la force d’affronter un cas de conscience (entre l’amour pour sa femme et celui pour sa maîtresse, me dit Internet), cas de conscience qu’il finit par résoudre en se suicidant, ce qui ne paraît pas d’ailleurs être la sortie la plus catholique qui soit.

J’évoquerai dans un autre billet La puissance et la gloire, lu quelques années plus tard. Mais le meilleur souvenir de Graham Greene qui me reste est son Troisième homme, pas lu, vu au cinéma : il explore, dans les vestiges baroques de la Vienne de l'immédiat après-guerre, la nature morale de l’amitié qu’il oppose à l’amour arbitraire et amoral.

Commentaires

1. Le mercredi 18 septembre 2013, 10:13 par Ernesto PALSACAPA

Je dois avoir une vision biaisée de Graham Greene car, n'ayant lu de lui que "Notre agent à La Havane", j'ai de lui l'image d'un auteur de romans d'espionnage humoristiques.

Tiens, c'est curieux d'associer Mauriac à des dimanches après-midi d'ennui : j'ai pour ma part des souvenirs de romans courts, teigneux et nerveux...

2. Le mercredi 18 septembre 2013, 21:09 par Véronique Hallereau

Teigneux, nerveux... ah oui, peut-être, pour avoir lu quelques-uns de ses fameux blocs-notes pour lesquels il est maintenant lu. Il faudrait que je lise d'autres romans de lui, comme Le noeud de vipères, qui éventuellement me ferait envie, pour que je voie.

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