1987 - Julien Green, Mont-Cinère, Adrienne Mesurat et Le voyageur sur la terre

Mont-CinèreEmpruntés à la bibliothèque à quelques mois d'intervalle.

Ces romans, je les distingue grâce à leurs couvertures, pour Mont-Cinère : une maison en feu dans la nuit ;  pour Adrienne Mesurat : une jeune fille défigurée tel un Elephant Man.  Je confonds en revanche les histoires, les personnages, qui sont, du reste, fort vagues dans ma mémoire. Des histoires de chasteté mal vécue, d'âmes religieuses, de folie. Dans le sud des Etats-Unis. 

Et c'est tout. Le voyageur sur la terre, c'est encore pire : je n'en garde aucun souvenir. Même la couverture ne m'évoque rien : je ne reconnais pas l'édition dans laquelle je l'ai lu. Certes, je pourrais écrire : c'est du Julien Green, il y est certainement question d'âmes religieuses, de chasteté mal vécue, de folie. Et ça se passe dans le sud des Etats-Unis.  Mais rien, pas une seule image, pas un seul fait, ne vient étayer cette hypothèse. Et si Julien Green avait écrit, avec Le voyageur sur la terre, un roman totalement différent ? 

Si peu de souvenirs m'incline à penser que j'avais peu de plaisir à lire cet écrivain. Pourtant, je lus au moins trois de ses romans. Je persistai à le lire quelque temps (Le voyageur sur la terre sera néanmoins le dernier, j'ai dû ne pas aimer du tout)*.  C'était un classique à lire, Julien Green. Docilement, je le lisais. Et n'en pensais rien. Je n'éprouvais même pas d'émotion particulière. Je ne jugeai pas pour autant qu'il était un mauvais romancier : écrivain recommandé (par qui ?), aucun jugement de cet ordre n'était envisageable.  J'avais conscience que le roman proposait plus à comprendre que je ne pouvais accueillir, mais rien en lui ne m'attirait qui pût me motiver à un plus grand effort de compréhension, ou me faire promettre que je reviendrais à lui plus tard, quand mes capacités auraient augmenté. Il me fallut toutefois trois essais pour qu'enfin je m'autorise à passer mon chemin : Julien Green n'était pas pour moi.

Je me suis donc tenue à cette résolution toutes ces années. Mais voici qu'en 2006, soit près de vingt ans plus tard, je lus les Journaux du père Alexandre Schmemann. Doyen de l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Vladimir à New York, le père Schmemann était un homme d'une triple culture russe, française et anglaise, et un amoureux de la littérature. Dans ses merveilleux journaux qu'il tint pendant dix années, il dit la joie qui est la sienne à lire et relire le Journal de Julien Green dans lequel, plus que dans les écrits des théologiens, il trouve de quoi nourrir sa spiritualité. Il cite souvent cette phrase de Green à laquelle le ramène la routine des tracas quotidiens (je quitte mon bureau, et cherche cinq bonnes minutes dans le livre de Schmemann qui cite en français) : "Tout est ailleurs..."  Comme si c'était dans Green qu'il avait trouvé la prière qui lui permettait de mieux endurer les réalités mesquines de l'Eglise, qui l'accablaient. 

Ayant aimé les Journaux de Schmemann, et aimant d'une manière générale lire les journaux intimes, je me demande s'il y aurait du pain pour moi dans le Journal de Julien Green. On n'est jamais sûr de ne pas revenir à une œuvre. Question de trouver la bonne entrée.

* Ajout du 8 septembre 2015 : j'ai écrit ce billet sans avoir à mes côtés le cahier des lectures. Ayant regardé la liste de plus près, j'ai constaté que j'avais encore lu, un an plus tard, Minuit, dont j'avais oublié jusqu'au titre, et en 1994, Moïra, dont je me souviens seulement qu'il fut le roman de Green que je préférai entre tous, ce qui est peu. Au total, j'ai donc lu cinq romans de cet écrivain !

Commentaires

1. Le lundi 22 avril 2013, 11:25 par Ernesto PALSACAPA

Mon point d'entrée dans l’œuvre de Green a été "Leviathan" et du coup, j'en ai une vision sensiblement différente : le nom de Julien Green m'évoque certes des histoires de chasteté mal vécue, d'âmes religieuses et de folie, mais absolument pas le sud des États-Unis. J'ai plutôt le souvenir d'une peinture très noire de la petite-bourgeoisie de Province (et accessoirement, celui de l'ambiance délirante d'une table d'hôte tenue par une femme tyrannique qui règne en maître sur ses clients...) Dans mon esprit, c'était classé pas loin de Mauriac.

2. Le lundi 22 avril 2013, 18:42 par Véronique Hallereau

Je te suis complètement dans la comparaison avec Mauriac, dont les romans lus sans doute trop jeune m'ont fait à peu près le même effet, nul !

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