1987 - Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent

Les Hauts de Hurle-Vent

Emprunté à la bibliothèque.

Alors que j'étais élève en classe de 4ème et étudiais le romantisme en cours de français, le professeur nous demanda de lire un roman de notre choix appartenant à ce courant ; ma sœur me conseilla de lire Les Hauts de Hurle-Vent. Le titre, ainsi que le dessin en couverture de l'édition du Livre de poche, deux visages au profil acéré d'un homme et d'une femme, joue contre joue, les cheveux dans le vent, les yeux fermés comme tournés en eux, me séduisirent immédiatement et je pris ce roman, prête à l'aimer avant d'en avoir lu même la première ligne.

Je ne connaissais absolument pas la réputation du roman mais, comme la plupart de ses lecteurs, je fus fascinée par la figure de Heathcliff et l'intensité de son amour pour Cathy. Je pense notamment à la scène du cauchemar de Lockwood qui arrive assez vite dans le roman, quand le narrateur, piégé par la tempête, doit passer une nuit à Hurle-Vent dans l'ancienne chambre de Cathy et s'en trouve hanté. Le récit du cauchemar est saisissant : le vent ouvre en grand la fenêtre qui se brise ; alors que Lockwood veut la fermer, les gémissements d'un être errant sur la lande le supplient de le laisser entrer ; Lockwood sent une main saisir la sienne. Terrifié, il frotte cruellement la main inconnue contre le verre cassé pour s'en délivrer.... Je me souviens de l'étrange réaction de Heathcliff, attiré par les cris d'un Lockwood réveillé, qui se persuade immédiatement qu'il s'agit de l'âme de la défunte Cathy ; de ses appels angoissés à ce qu'elle le rejoigne ; de la manifestation éperdue et totalement impudique, indifférente à la présence de l'étranger, de sentiments très violents, chez un homme qui nous avait été présenté sous un jour austère et sombre. Dès cette scène je fus happée par l'histoire de sa passion fusionnelle et malheureuse qui perdurait au-delà de la mort. Que Heathcliff manipule et détruise la vie d'autres personnages ne me l'aliénait pas du tout... au contraire, ai-je envie d'écrire : plus il se montrait méchant et cynique, plus fortement m'attiraient ses éclats de passion amoureuse.

Quand je lus, beaucoup plus tard (en 2000), L'amour et l'Occident de Denis de Rougemont et sa thèse selon laquelle derrière le mythe de l'amour-passion qui hante l'imaginaire occidental se cache un désir de souffrance, et pour en finir, celui de mort, je pensai à ma lecture des Hauts de Hurle-Vent. Sans en avoir été consciente sur le moment, je pense toutefois que ce roman m'a révélé une fascination pour la souffrance – qui est le sens originel de passion  – parce qu'elle est le signe tangible d'une vie vécue intensément et donc le signe de son existence, et que la force de l'impression laissée par cette lecture relève de cette révélation.

L'autre aspect du roman qui me plut fut l'inscription de l'histoire de Heathcliff dans la lande, paysage austère au climat rude. Un paysage ramassé, isolé, qu'Emily Brontë approfondit et dans lequel elle ouvre un monde clos  bien qu'ouvert à tous vents  sans guère de liens extérieurs.  Un paysage auquel je me sentais appartenir, que j'associai à ceux que je connaissais et aimais : les îles bretonnes, la côte où nous allions voir la mer quand le vent soufflait en tempête. Pourtant, ces paysages sont de fait éloignés de ceux décrits dans Les Hauts de Hurle-Vent, loin de la mer. Il me semble qu'une autre lande littéraire fit le lien, décrite dans une série que j'adorais lire enfant : Le club des Cinq. La lande que je connaissais était magnifiée dans mon imagination par celle du Club des cinq où l'on trouve de quoi se fabriquer de confortables "lits de bruyères" pour passer la nuit... L'accueillante lande printanière avait son visage maussade que je découvrais dans Les Hauts de Hurle-Vent, et qui ne me plaisait pas moins.

La lecture des Hauts de Hurle-Vent m'a entraînée à lire par la suite Jane Eyre de Charlotte Brontë. Plus tard, en 1993, je relus Les Hauts de Hurle-Vent. Puis le Emily Brontë de Denise Le Dantec. En 2005, visitant la maison de la famille Brontë et après avoir parcouru la lande autour du presbytère de Haworth (les moors) par une journée grise et venteuse, donc idéale, j'y ai acheté The Brontës de Juliet Barker, considérée comme la biographie de référence de la famille. J'ai également vu le film d'André Téchiné, Les sœurs Brontë, mais comme pour toute représentation cinématographique de l'univers des Brontë, je suis restée sur ma faim.

Commentaires

1. Le lundi 8 avril 2013, 22:34 par SaintChaffre

Bien d'accord avec les déceptions engendrées inévitablement par les adaptations. Supériorité de la référence voire de la parodie sur le respect ou pire le plagiat. Face aux déceptions, on pourrait à l’inverse faire allusion au tube de Kate Bush ou de l’hilarant « Semaphore Version of 'Wuthering Heights » des Monty Pythons !
Il est vrai qu'il faut une certaine dose de génie pour camper Heathcliff. Son amour et la rugosité ne cessent de se répondre et s’alimentent l’un de l’autre. Seule sa force de caractère parvient à contenir la manifestation de sa folie. Et cette folie, réprouvée par tous, semble pourtant naître de la lande. Il est bien le maître légitime de Hurle-Vent. Quelle puissante pastorale !

2. Le mardi 9 avril 2013, 21:23 par Véronique Hallereau

Je ne saurais mieux analyser ce roman ! Il est vrai que, contrairement à l'esthétique romantique, l'homme Heathcliff n'est pas séparé d'une nature à laquelle il prêterait sa subjectivité : il appartient à la lande, et à Hurle-Vent, un lieu si anciennement habité et en même temps isolé de la société que l'homme y fait corps avec la nature.

3. Le lundi 15 avril 2013, 09:53 par Ernesto PALSACAPA

La lande m'évoque en effet beaucoup la littérature anglaise, bien que là, en y réfléchissant, je ne suis certain d'en avoir lu des description que chez Agatha Christie et chez Conan Doyle ("Le Chien des Baskervilles").

4. Le lundi 15 avril 2013, 21:19 par Véronique Hallereau

Et n'oublions pas donc l'écrivain anglais Enid Blyton, qui a très bien décrit la lande dans sa série du "Club des cinq" ! Je me souviens assez bien du "Chien des Baskerville" mais pour Agatha Christie, de quel roman s'agit-il ?

5. Le mardi 16 avril 2013, 13:47 par Ernesto PALSACAPA

Quel roman d'Agatha Christie... le problème avec elle, comme avec Wodehouse, c'est que ses romans se ressemblent tous, donc me rappeler lequel...

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