1981 - Enid Blyton, Le club des Cinq

Le club des cinqAcheté une bonne dizaine de volumes, lus aussitôt. Un disque vinyle 33 tours, Le club des Cinq et le trésor de l'île

J’ai mis en illustration la couverture du volume que nous avions également en disque vinyle, que j’ai beaucoup regardée tant l’image condense mon paysage rêvé : une île, une lande, une tour en ruines.

J’ai évoqué dans les billets sur Regain et Les Hauts de Hurle-Vent le bonheur de retrouver dans les lectures d’adulte ces paysages littéraires qui magnifiaient ceux que je connaissais dans la vie. Impression renforcée par le fait que la série du Club des Cinq, écrite en anglais, était traduite jusque dans les prénoms et les lieux, devenus français. Le Dorset s'était ainsi mué en Bretagne.

Le personnage de Claude possède une île, une barque, un chien : envie totale. Je rêve l’île comme un lieu de retrait temporaire du quotidien, un monde en soi à échelle individuelle et pourtant mystérieux, possédant une vie propre qui échappe à une connaissance exhaustive ; la barque, non comme une invitation à l’aventure, mais comme un bac qui maintient une liaison avec le continent, c’est-à-dire l’humanité ; le chien, joyeux compagnon, dont la présence continue et chaleureuse teinte doucement la solitude. Sur l’île, les ruines d’un château : Claude est souveraine. On sent dans chaque aventure à quel point elle est sur son territoire. Dans mon souvenir, elle efface les personnages des cousins, même le beau brun, qui apparaît surtout comme son jumeau. Elle est indépendante : la mère ne montre aucune autorité, elle pourvoit les enfants en poulets rôtis, en tartes aux fruits pour les pique-niques ; le père, un savant, vit dans ses idées et ne sort que de loin en loin de son bureau pour donner un sermon qui flotte rapidement au-dessus de sa fille, ne l’ombrageant qu'un temps. Si les vacances d’été sont une période où les contraintes sont amoindries, Claude semble, elle, jouir d’une liberté absolue de mouvement. Une vie libre, souveraine, active, sans souci de travail ni d’argent : une vie de rêve.

Le club des Cinq, lors d’une récente réédition, a vu quelques-unes de ses aventures retraduites. Certaines pour des raisons moralisatrices, les mots forain, gitan, etc. ont été considérés comme méprisants et remplacés par des euphémismes. Mais aussi pour simplifier la lecture aux nouveaux enfants : le vocabulaire, voire l’action ont été simplifiés, le passé simple remplacé par le présent... Je n’avais pas conscience d’avoir eu une lecture si compliquée avec Le club des Cinq ! Si ce type de littérature est déjà considéré comme trop compliqué, comment l’enfant pourra-t-il, voudra-t-il ensuite, s’il n’a personne dans son entourage pour l’y inciter, se nourrir d’œuvres réellement substantielles ? Or l’adulte qui refuse d’élever l’enfant jusqu’à la culture le trahit.

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