1987 - Charlotte Brontë, Jane Eyre

Jane_Eyre.jpgLe roman est présent dans la bibliothèque de ma chambre d'enfant, mais je ne suis pas certaine ni de sa propriétaire, ma sœur ou moi, ni de ce que le roman était déjà là quand je le lus en 1987. 

Peu après avoir lu Les Hauts de Hurle-Vent, j’eus envie de lire Jane EyreCe que j’avais appris des sœurs Brontë, écrivains qui avaient vécu (presque) toute leur vie dans les landes du Yorkshire, m’avait séduite et fit naître ce désir de lire l’autre grand roman issu de la famille, l’œuvre d’Anne Brontë étant plus confidentiel. Ayant trois sœurs, j'étais attirée par les histoires, réelles ou fictives, de fratrie. Le plaisir de sa lecture fut ainsi, dès le début, teinté de curiosité extra-littéraire. Je ne pus éviter de lire Jane Eyre à la lumière de ma lecture toute récente des Hauts de Hurle-Vent, répétant ce que durent faire la plupart des lecteurs des sœurs Brontë. Ce fut sans doute la première fois que je mis en relation deux œuvres littéraires et que j’eus une sorte de lecture comparée.

Il est des points de contact entre les romans, l’atmosphère de la lande, la brutalité des caractères, la folie ; c’est aussi dans ce lieu commun qu’apparaît nettement leur différence, Charlotte Brontë traitant de manière plus réaliste ce que sa sœur Emily creuse jusqu’au mythe. Elle resitue leur lande natale dans la société, qui l’attire, et d'une certaine manière elle les confronte.

Sans susciter la même ferveur que Les Hauts de Hurle-Vent, Jane Eyre me plut beaucoup. Contrairement aux personnages d'Emily Brontë, il était aisé de s'identifier à la personne de Jane Eyre, héroïne qu'il me semble avoir peu rencontrée avant ce roman dans mes lectures : née sans dot d'argent ni de beauté, vouée à une vie retirée, sans éclat ; réservée mais intelligente, volontaire, courageuse, amoureuse avec fougue - mais sans rêver de passion. Si la fusion mystique de Heathcliff et Cathy dans Les Hauts de Hurle-Vent était exaltante, elle était un mythe inaccessible et de toute façon destructeur ; l'amour entre Jane Eyre et Mr Rochester, au contraire, était presqu'un modèle. Qu'un homme comme Rochester puisse, sous les dehors un peu ingrats d'une gouvernante (et lui non plus n'était pas spécialement beau je crois), deviner un cœur ardent prêt à aimer ; que, loin de s'en offusquer, il apprécie la franchise rude de Jane Eyre et son fort caractère, qu'il tombe amoureux d'elle grâce à ces qualités-là, voilà qui était propre à séduire et à rassurer une jeune lectrice sur la possibilité d'un grand amour futur. 
Le suspens créé par la présence mystérieuse d'un être errant dans les combles du manoir, ou château, suspens dans mon souvenir très bien entretenu tout au long de la partie du roman consacrée à la vie de Jane chez Mr Rochester, contribua aussi à la force de l'histoire. 
 

Un autre épisode du roman contribua à l'identification avec l'héroïne : les années de formation en pensionnat, que je lisais avec d'autant plus de curiosité que j'étais destinée, suivant mes aînées, à vivre une expérience (allégée) de pensionnat au lycée. Quelques années plus tôt, j’avais déjà aimé, dans le genre « roman de pensionnat », sous-genre du roman de formation, les Christine de Marie-Louise Fischer dans la bibliothèque rose. Le pensionnat de Jane Eyre en est très éloigné, lieu d’injustices et de souffrance. Mais j’y retrouvais le goût de l’étude, l’amitié, la découverte du monde, la première émancipation de la famille, qui m'y attiraient. Jane Eyre, dépourvu de la mièvrerie ou de la platitude qui pouvaient être leur lot, a propulsé ces thèmes dans la réalité adulte.

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