1988 - André Maurois, Le cercle de famille

Cercle de familleTrouvé à la maison.

J’écris « trouvé à la maison » car il me semble qu’il était dans la petite bibliothèque de ma sœur aînée, et je ne sais où elle l’avait récupéré (c’était un livre ancien). Il était à côté d’un autre roman d’André Maurois, Climats, que je lus d’abord et dont je n’ai aucun souvenir. En revanche, Le cercle de famille m’a marquée.

L’héroïne, Denise Herpain, découvre que sa mère a un amant qui vient à la maison quand le père est absent, situation que l’enfant juge et condamne. Devenue adulte, nous la suivons dans ses études à Paris, aimée par deux hommes entre lesquels elle ne peut choisir. Elle finit par en épouser un qu’elle ne tardera pas à tromper, mais contrairement à sa mère qui fut toute sa vie fidèle à son amant, elle le trompe avec des amours lasses et successives, ce dont sa fille sera à son tour le juge : le cercle est fermé.

Le cercle ne me semble pas être d'ailleurs le symbole adéquat : le titre sonne bien mais il est faux. Les destins des femmes de la famille ne sont pas si identiques que ne le laisse présager le cercle, figure de l’éternel retour, où tout jeu est absent. La figure de la spirale représenterait mieux une histoire où les personnes réagissent dans la continuité : si elle refait un tour, la spirale est unique dans le temps et ouverte, tant par l’élan précédent qui lui communique sa forme que par celle qu’elle transmet à la suite. Le comportement de Denise ne reproduit pas celui de sa mère, il est plus reprochable, ce dont elle prend conscience sans pouvoir se réformer. Quant à celui à venir de sa fille, je le considère comme ouvert.

Cela dit, ce n’est pas cette histoire de cercle ou de spirale qui m’a retenue sur le moment, en tout cas pas consciemment. La première partie du roman, l’enfance et les études à Paris, est la plus réussie et constitue tout mon souvenir. Je me souviens en particulier d’une scène : attirée par des notes de musique, Denise entrebâille la porte du salon ; elle voit un homme accompagnant au piano sa mère, qui chante La vie antérieure, le poème de Baudelaire mis en musique par Duparc. Même vue à travers les yeux de l’enfant juge, elle reste une scène d’harmonie entre deux êtres. J’eus assez vite la possibilité d’écouter La vie antérieure et depuis c’est une des mélodies que je préfère et que j’aime à mon tour chanter (mais personne pour m’accompagner au piano !) 

Mais ce que j’aimai le plus, ce fut les pages sur la vie d’étudiant à Paris. J’ai beaucoup rêvé de Paris : il paraît que c’est à cela qu’on reconnaît les vrais parisiens. J’ai longtemps cru que Balzac était l’écrivain qui le premier m’avait parlé de Paris : je dois constater que le précédèrent Hugo et surtout Maurois ! Denise et ses deux amis étudient les lettres et la philosophie à la Sorbonne, logent dans des pensions près du jardin du Luxembourg qu’ils traversent le dimanche pour aller chez l’un ou chez l’autre, où ils passeront l’après-midi à lire, à parler, à étudier, dans une ambiguë et délicieuse promiscuité. Ce rêve du Quartier latin porta mes premières années à Paris, sauf que nous n’étions plus au début du siècle mais au début des années quatre-vingt-dix, et que je dus d’abord me déplacer à Clichy et dans le quartier de Tolbiac avant de me relocaliser à la Sorbonne en licence. Et le Boul’Mich’ commençait à être envahi par les marchands de fringues… Néanmoins, je logeai deux années dans un foyer étudiant sur ce boulevard, près du Luxembourg : le choix de ce foyer doit tout au Cercle de famille.

Quand dans les dernières années de la présidence de Mitterrand, les médias évoquèrent sa jeunesse parisienne, on dit qu'il vivait dans une pension près du jardin du Luxembourg vers la rue de Vaugirard. Je me plus à penser que c’était une sœur de celle qui est décrite dans le roman.

Commentaires

1. Le mardi 20 octobre 2020, 18:54 par Fabrice Littamé

"Le cercle de famille" ne tourne pas rond pour moi. André Maurois brosse le portrait d'une jeune fille à qui il prête une vision noble de l'amour, en réaction au comportement vil de sa mère et, alors que la pureté de ce personnage semblait diffuser une atmosphère immaculée autour de lui , le romancier vire sa cuti et le plonge dans la lie du sexe. Je ne le juge pas, étant tolérant, mais il m'a déçu car je m'attendais à un parcours plus noble où les idéaux ne sont pas bafoués.

2. Le mercredi 21 octobre 2020, 09:28 par Véronique Hallereau

Je ne décrirais pas le comportement de la mère comme "vil" : elle a aimé un seul homme dans sa vie et lui a été fidèle. Qu'il n'ait pas été son mari doit sans doute à ce qu'on a choisi son mari pour elle... Le jugement moral de la fille, son idéal d'amour, n'en fait pas un être "pur", et Maurois le montre en la confrontant à la vie réelle, où l'on voit que sa moralité est plus faible que celle de sa mère. Enfin c'est ainsi que j'ai lu le roman et que je m'en souviens, c'est une vieille lecture ! 

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