2016 - Delphine de Vigan, D'après une histoire vraie

ViganEmprunté à la bibliothèque, lu aussitôt.

Eté 2016, je retourne chez mes parents. Un congé parental me permet de faire ce que je ne pouvais plus faire depuis des années, m'éloigner de Paris pendant deux mois, et vivre les grandes vacances de la jeunesse. Bénévole dans une bibliothèque dite pour tous, ma mère me proposa d’emprunter D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, publié peu de temps auparavant, pour que je le lise car elle avait aimé l’habileté de sa construction narrative et était curieuse de mon avis.

Je n’avais lu aucun livre de cette autrice. J’acceptais, pensant à la critique sévère que l’écrivain Pierre Mari en avait faite : j’apprécie tellement ses critiques qu’elles me donnent envie de lire même les livres qu’elles éreintent ! Le roman m’intéressait d’ailleurs par son thème, la part de fiction dans tout écrit autobiographique, et d'autobiographie dans toute fiction. Jouant avec son propre itinéraire, Vigan met en scène une relation perverse entre un écrivain tentée par un retour à la fiction après un grand succès dans le genre de l'autofiction, et une lectrice intransigeante qui voudra bientôt l'en empêcher à tout prix... cette lectrice n'étant peut-être qu'un double fictif issu de l'écrivain dépressif. Hélas, j’ai trouvé que cela tournait très vite en rond tant Vigan reste à la surface des choses. La pauvreté du style, la reprise tels quels des pires poncifs en vogue, comme l’expression « personne ressource » qui avait tant révulsé Mari, me répugnèrent également. L’habileté narrative, dont je suis convenue, n’était pas suffisante pour soutenir mon intérêt. J’ai senti Vigan peu impliquée dans son écrit : comment le serait-on soi-même ? Je le lisais le soir dans mon lit : le mystère de la lectrice n'était pas assez intriguant pour que le livre empêche les paupières de s'alourdir. Vigan avait pourtant voulu écrire un page turner, disait-elle dans les entretiens, un roman facile à lire, riches de personnages et d’intrigues prenantes, l’équivalent pour les nourritures spirituelles du paquet de chips pour les nourritures corporelles, ça occupe machinalement la main et se dévore sans nourrir. Même de ce point de vue, c’était raté pour moi.

Il paraît que le page turner est par excellence un livre d’été : la saison chaude évoquant un temps long, plus libre des contraintes sociales, on a envie de se plonger dans un gros roman ; mais comme on est en vacances, on n’a pas envie de faire d’efforts pour comprendre – d’où la lecture facile exigée, sans regard pour la qualité littéraire du roman. Je dois dire ne pas comprendre ceux pour qui le sujet ou l'intrigue suffisent à divertir, même si le roman est mal écrit, et encore moins, peut-être, quand la matière en est pauvre. La question est bien là, et est pourtant rarement abordée. Il est courant d'alterner lectures sérieuses et lectures plus faciles. Mais le lecteur qui aime la littérature voudra être nourri aussi par ses lectures divertissantes ; que l'écrivain ait de l'ambition pour son roman divertissant, qu’il ait fait son métier et qu'il s'y soit impliqué encore une fois, condition a minima pour qu’on aille à sa rencontre.

La notion même de livre d’été m’est étrangère : ce qu’elle présuppose me paraît douteux. En effet, en dehors de l'été on n'a pas le temps de lire, dit-elle : cela signifie que la littérature, sans parler des livres de sciences humaines, n'est pas prioritaire dans nos vies ; elle arrivera en fin de liste des choses auxquelles on consacrera de ce temps qui est notre seul bien. Pourtant, la notion de livre d'été qui ne demande pas trop d'effort suggère que le reste de l'année, le même lecteur n'aurait que des lectures où il s'impliquerait, exigeant concentration, réflexion, voire méditation, et donc qu'il y consacrerait du temps ! Je crains que ceux qui l’été n’aiment que les lectures « faciles » les aiment toute l’année ou lisent peu.

Je me suis demandé si j'avais des lectures propres à la période des vacances d'été. Si je prends l'exemple de cette année, particulière en cela que mes longues vacances ne m'ôtent pas la principale contrainte de ma vie actuelle, m'occuper d'un bébé, j'ai emporté deux livres achetés récemment, l'essai du philosophe Olivier Rey Une question de taille (lu) et celui de Jaime Semprun Défense et illustration de la novlangue française (en cours de lecture). Ces livres ne sont pas difficiles à lire, ni très longs, mais leurs auteurs étant fort impliqués dans leur réflexion sur des sujets graves, ils impliquent forcément le lecteur. Ils ne sont pas du tout estampillés livres d'été ! Contrairement à ce que disent les médias, les vacances d'été avec leurs plages de temps plus longues m'ont longtemps permis de me consacrer à une lecture de longue haleine, demandant de la concentration. J'ai le souvenir d'avoir enfin eu le courage d'ouvrir Le monde comme volonté et comme représentation de Schopenhauer un jour de l'été 1999 quand j'étais reposée, et pouvais lire trois heures d'affilée sans être requise par une chose à faire. J'avais acheté le livre quelques mois plus tôt, mais restais incapable de le commencer. Après certaines journées de travail, plus abrutissantes nerveusement que satisfaisantes intellectuellement, il est impossible de retrouver la concentration nécessaire à ce genre de lecture. A ce moment-là, et non pendant les vacances, un roman facile et divertissant est bienvenu... ou regarder un film !

Quant aux conséquences d’une maternité toute neuve sur mes lectures, je constate qu’elles sont plus discontinues, moins rapides et qu’elles s'étendent donc sur plus de temps : ce peut être aussi une chance de mieux lire !

Commentaires

1. Le lundi 8 août 2016, 09:55 par Ernesto PALSACAPA

J'ai toujours été consterné par cette expression "ne pas se prendre la tête" : elle sert en général à justifier piteusement les comportements les plus abrutissants... Concernant les lectures d'été, j'ai souvent opté pour ma part pour la technique consistant à lire deux livres de front : un livre "prise de tête", donc (essai, poésie etc.) et un livre "d'été", tel que le fameux Moscou 2033, dans l'idée de s'encourager à la lecture sérieuse par la promesse de la lecture divertissante.

2. Le mercredi 10 août 2016, 20:30 par Véronique Hallereau

Metro 2033 en récompense d'avoir lu du Mallarmé par exemple ? Original !

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet